LUNDI 5 DÉCEMBRE

LA TECHNOSCIENCE
EN QUÊTE D'IMMORTALITÉ

EXTENSION DE LA VIE, CRYONIE, MÉDECINE ANTI-ÂGE

Autrefois ostracisées par l’establishment scientifique, les recherches exploratoires dédiées à l’extension de la vie n’ont cessé de gagner du terrain ces 20 dernières années. Lutte contre la sénescence, extension radicale de la vie, inversion du processus de dégénérescence, pharmacologie anti-âge : d’innombrables start-up en biotechnologie financées par le capitalisme digital concourent aujourd’hui à transposer les espoirs d’immortalité, jadis monopolisés par les récits religieux, dans le champ de la prospective technoscientifique.

La « suspension cryonique » qui figure parmi les plus extrêmes manifestations de cette croyance en une hypothétique omnipotence de la technoscience à venir semble elle aussi connaître un nouvel essor. Initiée aux Etats-Unis dès la fin des années 60, il est maintenant possible de se faire « cryogénéiser » après sa mort en Chine, en Russie et en Suisse dans l’espoir d’être réanimé dès lors qu’une technologie suffisamment avancée le permettra. Ces solutions technologiques, encore inexistantes mais déjà imaginées, concentrent l’attention de communautés d’ingénieurs et de scientifiques oeuvrant à leur actualisation : nanotechnologie, nano-médecine, génie génétique, production et transplantation d’organes, clonage, téléchargement de la conscience (mind upload)…        
 
Cette conférence propose d’interroger, à partir de perspectives historiques, sociologiques et philosophiques, les imaginaires qui innervent ces projets d’ingénierie exploratoire.  Projets qui, au-delà de leur diversité, témoignent de changements significatifs dans notre rapport à la finitude et à la mort instrumenté par la technoscience.

Programme

Accueil du public. Présentation de la journée : la technoscience en quête d’immortalité ? [David Pucheu, Franck Damour, David Doat] 

Cryonie : Robert Ettinger, propagandiste, transhumaniste et prophète [Jean-Yves Goffi

Cryogénie : conserver le sperme des « grands hommes »
[Alexandre Moatti]

La cryonie : histoires d’Amérique et de Russie
[Franck Damour]

Pause café

Congeler le corps, transplanter l’esprit : le mind uploading comme technique post-cryonique [David Doat]

Le corps cryonisé, entre dualisme classique et hybridation technoscientifique [Jessica Lombard]

Le milieu des « immortalistes » aux Etats-Unis : un culte technoscientifique ? [David Pucheu]

Table ronde : immortalité, technoscience et science fiction

Intervenants

Jean-Yves Goffi

UNIVERSITÉ PIERRE-MENDÈS FRANCE - GRENOBLE

Jean-Yves Goffi est professeur honoraire de Bioéthique et de Philosophie générale. Il a travaillé dans le domaine de la philosophie de la technique et de l’éthique appliquée, spécialement en bioéthique et en éthique de l’environnement.

David Pucheu

E3D/MICA - UNIVERSITÉ MICHEL DE MONTAIGNE

Chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication, David Pucheu interroge les imaginaires et les idéologies qui président au développement technologique occidental. Il questionne par ailleurs les recompositions du croire à l’oeuvre dans notre hypermodernité et plus particulièrement aux Etats-Unis.

David Doat

ETHICS - UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LILLE

Philosophe titulaire de la Chaire Ethique, Technologie et Transhumanisme(s) de l’UCL, David Doat concentre ses travaux sur les représentations de l’« humain augmenté » et de la vulnérabilité dans la littérature philosophique, scientifique, trans- et posthumaniste contemporaine.

Frank Damour

ETHICS - UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LILLE

Franck Damour est historien des idées, professeur agrégé, essayiste. Après avoir étudié notamment l’évolution de la pensée religieuse russe, il s’est orienté vers l’étude des mutations anthropologiques à l’oeuvre dans le transhumanisme, dont il explore plus particulièrement l’histoire du mouvement et les dimensions religieuses. 

Alexandre Moatti

SPHERE - PARIS VII

Haut fonctionnaire d’État, polytechnicien et ingénieur général des Mines, Alexandre Moatti est chercheur en histoire des idées à l’université de Paris (Diderot). Il s’interroge notamment sur les origines françaises du transhumanisme, tout en poursuivant une carrière de vulgarisation publique en science et en histoire (webTV cultureGnum.fr).

Jessica Lombard

Northwestern Italian Philosophy Consortium FINO / ETHICS - UCL

Diplômée de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr et titulaire du Philmaster (master de philosophie) de l’EHESS et de l’ENS Ulm. Actuellement doctorante en philosophie à l’Université du Piémont Oriental (Italie) et enseignante-chercheuse à l’Université Catholique de Lille (France), Jessica Lombard est spécialisée en philosophie de la technique et en phénoménologie. 

Informations pratiques

Lundi 5 Décembre
CAP SCIENCES
Hangar 20 – Quai de Bacalan
33300 Bordeaux
contact@hyperhumain.org

HYPERHUM@IN

Le projet Hyperhum@in, soutenu par l’Université Bordeaux Montaigne (UR MICA) et l’Université Catholique de Lille (UR Ethics), réunit un noyau dur de chercheurs en SHS (historiens, philosophes des  sciences, sociologues, bioéthiciens…) qui s’attache à interroger et à documenter les projets d’ingénieries exploratoires situés « aux frontières de l’humain ». « La technoscience en quête d’immortalité » constitue le premier volet de ce programme de recherche.

Extension de la vie ?

L’extension de la vie désigne un vaste champ de projet technoscientifiques déterminé à accroître la longétivité de la vie. Articulés principalement autour des biotechnologies, ces entreprises affichent des ambitions plus ou moins radicales pouvant aller jusqu’à prétendre, implicitement ou pas, à l’immortalité. 

Prisé par les magnats de la tech et les « crypto-évangélistes » californiens, ce secteur concentre aujourd’hui des investissements massifs qui participent à lui donner un nouvel essor. Bien qu’hétérogènes, ces projets visant à étendre l’espérance de vie dans des proportions plus ou moins radicales, ont dessiné, au fil de leur histoire, les contours d’un ensemble cohérent d’acteurs, d’institutions, de lobbying, de centre de recherche et développement réunis sous une seule et même bannière, celle des « immortalistes » ou, pour les plus modestes, des « life extensionists ».   

Congelé, dé-animé, réveillé

Né au début des années 60, la cryonie peut être considérée comme une forme d’ingénierie exploratoire appliquée à la conservation cryogénique de corps humain récemment décédés. Elle vise à préserver un maximum de cellules (du corps entier ou exclusivement du cerveau) dans l’hypothèse d’une réanimation dans le futur dès lors qu’une technologie suffisamment avancée le permettra. La communauté autoproclamée des « immortalistes » qui réunit les adhérents à un contrat de suspension cryonique s’inscrit dans un plus large mouvement qui trouve ses sources aux Etats-Unis.

« Life extensionists », transhumanistes, extropiens, membre de la « l’Eglise de la vie perpétuelle » forment, en périphérie du mouvement cryonique, une plus vaste sous-culture à la fois populaire et scientifique animée par des espoirs de salut terrestre.